Rosans est un village des Baronnies. Pas plus mystérieux qu’un autre, à première vue. Mais certaines nuits de mars, depuis quatre cents ans, on n’y dort pas comme ailleurs.
Marie y revient au printemps. Sa grand-mère Solange est morte six mois plus tôt. Il faut vider la maison. Solange n’avait jamais quitté Rosans. Les femmes du village la nommaient avec un certain ton, qui ne se laissait pas tout à fait expliquer. Le soir où Marie pousse la porte, un pain frais l’attend sur la table. Personne, en principe, ne pouvait l’avoir posé là.
Les jours suivants, les bêtes commencent à tomber. Sept brebis dans le pré du haut. Un veau, en lisière. Trois moutons à la nuit. Le village dit loup sans y croire. Marie est historienne. Elle descend aux archives diocésaines de Gap. Elle y trouve un dossier qu’on a tenu pour oublié. Mars 1623, jour pour jour. Une veuve, conduite au bûcher en place du village, pour avoir suscité la bête qui dévora le bétail trois saisons durant. Quarante-sept brebis et veaux, écrivent les juges. Comptés un à un par les éleveurs.
Solange a tenu trente-cinq ans. Avant elle, sa mère. Avant sa mère, sa grand-mère. Toute une lignée de femmes, dans Rosans, qui savaient. Aucun homme du village n’a jamais su qu’elles savaient. Solange est morte avant d’avoir pu transmettre à Marie. Et dans le vallon sous les sapins, quelque chose s’est réveillé. Quelque chose qui ne s’arrêtera pas avant d’avoir pris son dû.
Roman "Ce qui revient en mars"
Format : 148 x 210 mm
160 pages
